Atelier d'écriture

Dernier envol

Texte de vacances, normalement léger. Ici un peu moins, vous pourrez en juger !

Les textes de mes amis sont ici.

Bonne lecture à toutes et à tous.


Il était 18h45 lorsque les cinq montgolfières prirent leur envol. A bord de la dernière quittant le sol, le Commandant Legall qui avait pris le pouvoir lors du coup d’état mondial il y a maintenant dix ans. Près lui, sa compagne et son aide de camp. Sa garde rapprochée. Dans les quatre autres, les proches du pouvoir avaient pris place. Les plus courageux et les plus fidèles au moins. Les autres, les pleutres, les couards étaient déjà partis depuis longtemps.
L’assèchement des océans avait vu la pangée se recontituer. Depuis sept ans, le détroit de Gibraltar se travesait à pied, faisant de l’Afrique le pendant naturel de l’Europe. Seule subsistait la fosse des Mariannes, au large des Philippines. Le reste des océans avait disparu, englouti par on ne sait quel siphon invisible. La température avait grimpé considérablement, sélectionnant naturellement les hommes restants de la planète.
Legall en avait profité pour placer son attaque. Presque sans violence. Tout s’était passé rapidement, sans résistance. Il était devenu en quelques minutes le maître incontesté de la planète. Du pôle nord au pôle sud, de l’ancienne Europe à la vieille Australie. Un domaine de cinq cent dix millions de kilomètres carrés. Mais maintenant sans eau,sans animaux sauvages, presque sans végétation. Plus personne ne supportait les quarante degrés du petit matin, ni les soixante-douze du milieu de l’après-midi.
L’évacuation de la planète avait été planifiée début janvier. Il fallait faire au plus vite. La solution de la motgolfière avait été la seule envisagée, car ne nécessitant aucune énergie. Tous étaient partis maintenant. Combien étaient arrivés à bon port ? Aucune idée, aucune nouvelle.
A 18 heures, le commandant Legall était monté à bord, laissant derrière lui ce qu’il restait de la planète perdue. Le dernier à quitter le navire, le dernier à arriver sur Nervil où il prendrait sûrement le pouvoir.
Les hommes avaient détruit leur planète. A eux de ne pas abimer la nouvelle que l’esprit supérieur avait mis à leur disposition.
Pour tout recommencer.

© Amor-Fati 30 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

6 commentaires

  • Elsa

    Fuir en montgolfière ! Quelle poésie et quel supplice d’aujourd : la lenteur et là culpabilité‘ de constater les méfaits des l’homme sur sa planète

  • Claude

    Fuir l’horreur de la terre pour gagner une mort différente mais inéluctable… Ton texte est puissant ; il déménage. J’aime vraiment beaucoup, même s’il est tragique. Bravo.

  • la fllibust

    Dernier envol ou dernier vol ? le mystère reste entier et la fin du monde est encore bien présente. Tiens, je vais faire un tour dans mon jardin, moi, écouter les oiseaux qui chantent et les abeilles bourdonner à la cime des acacias ! avant qu’une montgolfière passe …

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